Die Friedrich-Ebert-Stiftung Madagaskar war so freundlich, meinen Artikel „Für einen Paradigmenwechsel in der Entwicklungspolitik“ (hier) ins Französische zu übersetzen:

La politique de développement est un domaine complexe. Elle ne doit pas être considérée unilatéralement comme politique sociale pour les pays du sud. Au contraire, des domaines tels que la politique commerciale et l’architecture financière et fiscale mondiale doivent toujours être pris en compte.

L ’élément principal de la politique de développement allemande devrait consister à aider les pays du Sud à surmonter les obstacles au développement social et économique. Elle devrait donner politiquement des marges de manoeuvre aux partenaires du Sud au lieu de résoudre les symptômes de l’extérieur. Le plan pour l’Afrique du ministre du Développement, Gerd Müller – le plan Marshall pour l’Afrique – reconnaît en partie ce défi pour une plus grande cohérence de la politique de développement. Mais le supposé coup de maître semble redevenir un tigre en papier. La politique de développement allemande est encore loin d’un changement de paradigme.

LES PRINCIPAUX DÉFIS DES ÉTATS AFRICAINS

Bien que les pays du Sud soient bien différents les uns des autres, ils ont en commun certains défis majeurs. La plupart connaissent un sous-emploi élevé et un chômage des jeunes. 84 % de la population active en Afrique travaillent dans le secteur informel, par exemple, en tant que vendeurs de rue, journaliers et petits agriculteurs. Un manque d’emploi formel permettant d’assurer un revenu stable est constaté. Les petites entreprises agricoles et le secteur des matières premières constituent la structure économique africaine. Le secteur industriel est encore sous-développé.

En conséquence, il n’existe pratiquement pas d’acteurs économiques imposables. Un problème qui est encore aggravé par l’évasion fiscale dans le secteur extractif. Actuellement, de nombreux pays africains se financent encore à travers des sources externes. Qu’il s’agisse d’aide au développement bilatérale et multilatérale ou de dettes extérieures sur le marché des capitaux. La dette contractée n’est souvent pas investie dans la diversification de l’économie. En cas de chocs du marché mondial, tels que la baisse des prix des matières premières, les dettes risquent de ne pas être supportables. Ainsi, on arrive fréquemment à des crises de la dette. La politique de développement allemande n’agit pas suffisamment pour créer un environnement international, dans lequel les pays du Sud peuvent surmonter ces défis.

LE DOGME DU LIBRE-ÉCHANGE DOMINE

En matière de politique commerciale, l’Allemagne insiste sur la conclusion d’accord de libre-échange avec les États africains (Accords de partenariat économique, APE). Les États africains devraient ouvrir leurs marchés, mais ils y gagnent à peine, car en théorie, ils ont déjà librement accès au marché de l’Union européenne. L’ouverture du marché menace de marginaliser encore plus les entreprises africaines et les petits agriculteurs à travers des importations. Des études ont démontré que seulement 15 à 35 % des produits africains sont suffisamment compétitifs pour se prévaloir sur le marché mondial. Dans une étude commissionnée par le ministre du Développement Gerd Müller, l’Institut allemand pour la politique de développement demande que la possibilité de protéger temporairement une partie de leur économie contre la concurrence internationale surpuissante soit donnée aux États africains.

Ainsi, ces derniers n’iront pas chercher une autre voie, mais prendraient l’exemple sur des processus d’industrialisation réussis tels qu’aux États-Unis, en Allemagne, au Japon, en Corée du Sud et récemment en Chine. Tous ces États pouvaient d’abord développer des industries locales avant d’ouvrir leurs économies au marché international. Toutefois, les APE renforcent le système de libre-échange qui a été institutionnalisé avec la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et ils vont même au-delà des dispositions de l’OMC. Ainsi, par exemple, les APE déterminent plus de limitations en ce qui concerne les mesures de politique industrielle, comme les impôts d’exportation et les conditions pour des investissements étrangers pour la promotion de la valeur ajoutée locale (local content clauses). Pourtant, il existe des alternatives.

Au lieu de la politique de libre-échange, l’Europe devrait soutenir l’intégration régionale de l’Afrique, donc l’organisation de marchés régionaux. En outre des expertises – comme le Programme d’avenir pour le changement structurel africain –, proposé par la DIE, l’Institut allemand pour la politique de développement – pourrait être offertes, afin que des industries africaines profitent des mesures préventives politico-économiques au lieu de s’aligner à celles conçues par des « entrepreneurs » bénéficiant de bons réseaux politiques. Même des représentants de groupements industriels professionnels allemands écrivent sur leurs comptes Twitter privés qu’il faut une économie africaine forte, puisque sans partenaires et clients locaux on investit à peine de l’extérieur.

FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT

En matière de financement du développement également, la discussion en Allemagne est souvent insuffisante. La plupart du temps, on insiste surtout sur l’objectif de consacrer 0,7 % du revenu national brut allemand à la coopération au développement. Bien que cet objectif soit louable, il ne réduira pas la dépendance de l’Afrique envers les bailleurs extérieurs. Une solution beaucoup plus durable serait de mettre un terme aux sorties illégales de fonds et à l’exploitation de la richesse africaine. Les États africains perdent chaque année une somme estimée entre 30 et 100 milliards d’euros de recettes publiques potentielles en raison de l’évasion fiscale, principalement des sociétés multinationales.

À cela s’ajoutent les sorties de capitaux dues à l’exploitation massive des stocks de poissons africains, ou aux dettes dues à des prêts irresponsables parfois contractés par des chefs d’État corrompus. En plus des promesses annuelles (gouvernement) et des demandes (opposition) pour augmenter le quota de l’aide publique au développement, le politique devrait être honnête et aider à endiguer l’écoulement des flux financiers illicites. Au niveau international, l’Allemagne ne devrait plus freiner la lutte contre l’évasion fiscale. Au contraire, la politique allemande devrait promouvoir l’implication des pays du Sud dans la lutte contre l’évasion fiscale, en d’autres termes, déplacer ce sujet de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l’ONU. Au niveau national, l’Allemagne pourrait enfin commencer à partager des informations sur la fiscalité avec les pays africains, au lieu de garder les autorités fiscales africaines dans l’ignorance et de faciliter ainsi encore plus la tâche aux évadés fiscaux.

LA CRÉDIBILITÉ DU MARCHÉ AU LIEU DE LA RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT EN DÉVELOPPEMENT

Bien que le plan Marshall pour l’Afrique, le plan central de développement du ministre du Développement Gerd Müller contient des passages à caractère progressif, la politique de développement allemande est toujours orientée vers le marché. Le Compact with Africa du G20, initié par le ministre des Finances de l’époque, Wolfgang Schäuble, vise à améliorer les conditions-cadres de l’investissement privé en Afrique. Dans le cadre de la réunion du G20 à Hambourg, les États africains ont dû présenter leurs efforts de réforme prévus pour améliorer le climat d’investissement des investisseurs et des pays partenaires du Nord, comme dans un casting. Comme dans la politique économique de l’Europe, le pacte se focalise sur la compétitivité des pays africains. Par exemple, une réglementation allégée, un système fiscal favorable à l’investissement, la stabilité macroéconomique, la protection des investissements et des garanties pour réduire les risques d’investissement visent à attirer les investisseurs étrangers en Afrique.

L’accent mis sur l’amélioration de la compétitivité et les conditions d’investissement est contreproductif. Après tout, un pays qui améliore ses conditions d’investissement n’attire les entrepreneurs que jusqu’à un autre pays offre des conditions d’investissement encore meilleures. Il existe donc un risque que les pays africains se concurrencent pour les maigres investissements des entreprises étrangères, de sorte qu’à moyen terme, les coûts et les rendements ne s’équilibreront plus. Cela montre à quel point il est important de promouvoir l’économie locale. Les entreprises

locales ont un véritable intérêt pour le développement de leur pays et y sont beaucoup plus fortement ancrées. Contrairement aux entreprises internationales, elles ne quitteront pas leur pays si les conditions d’investissement sont censées être meilleures dans un pays voisin.

La politique de développement allemande doit finalement rompre avec le dogme néolibéral des libres marchés et du moins d’État. Les succès de développement des tigres asiatiques et plus tard de la Chine montrent l’importance d’un État fort, car ils n’étaient pas basés sur les forces du libre marché. La protection des producteurs nationaux, l’octroi de crédits aux entreprises productives et aux secteurs industriels stratégiques, la promotion de l’éducation et, par la suite, l’innovation et les progrès technologiques étaient des services gouvernementaux essentiels, sans lesquels les pays asiatiques n’auraient pas réussi à rattraper leur retard.

EN CONCLUSION

En résumé, il faut retenir que la politique de développement allemande ne sort pas du néant. Elle est influencée par les intérêts économiques et les convictions politico-économiques allemands. L’Allemagne, avec son modèle économique axé sur les exportations, dépend du libre accès aux marchés d’exportation. Les cercles gouvernementaux craignent probablement que les mesures protectionnistes ne deviennent plus attrayantes si elles sont accordées aux pays en développement. Il est apparemment à craindre que les grands partenaires commerciaux utilisent également ces mesures et que l’Allemagne perde des marchés d’exportation.

En outre, l’Allemagne mise entièrement sur l’amélioration de sa propre compétitivité, tant sur le plan national que dans les « pays en crise » européens. C’est-à-dire un modèle économique néolibéral dans lequel les États sont considérés comme des entreprises et dont le principal objectif est la réduction des coûts. Ces convictions politico-économiques seront projetées en fin de compte sur la politique de développement. En

conséquence, il n’est pas prévisible que l’Allemagne prônera dans sa politique de développement un renforcement du rôle de l’État ou l’abandon du dogme de la compétitivité. Le modèle économique allemand fait ainsi obstacle à un changement de paradigme dans la politique de développement.

L’Allemagne continuera à essayer de résoudre de l’extérieur les défis des pays du sud et à continuer à prescrire un remède néolibéral des marchés libres et de l’amélioration de la compétitivité. La construction ou plutôt la reconstruction d’un système économique mondial, dans lequel les pays économiquement les plus faibles ont suffisamment de marge de manoeuvre dans le domaine de la politique pour développer leurs propres voies de développement – comme l’ont fait la Corée du Sud, Taiwan et Cie dans les années 60 et 70 – est ainsi aussi sabotée par l’Allemagne.

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